Averroès
Averroès (Ibn ruchd en arabe) avant tout est un penseur musulman, juriste et médecin, né à Cordoue en 1126 et mort à Marrakech en 1198. Il est connu pour ses commentaires de l’oeuvre d’Aristote. C’est l’auteur le plus cité en philosophie médiévale après Thomas d'Aquin. C’est le seul auteur arabe qui ait donné son nom à un courant de la philosophie européenne, l’averroïsme.

De l’actualité d’Averroès et de l’Espagne musulmane,Al-andalous.
Cette actualité est associée conjecturalement à la commémoration des 800 ans de
la mort d’Averroès, cet intellectuel musulman de Cordoue à la stature intellectuelle
exceptionnelle. Son intérêt avait été réactivé par Le Destin, le film de Youssef
Chahine, prix spécial du festival de Cannes en 1997. Elle est liée plus largement aux
questions que se pose notre société sur le multiculturalisme et sur le rôle de la ville
comme lieu d’interférences de cultures issues d’horizons infiniment variés.
Al-Andalous
C’est le nom donné par les Arabes à l’Espagne qu’ils ont conquise provoquant
l’effondrement du royaume wisigothique de Tolède en 711.
Al-Andalous, l’Espagne musulmane, a existé jusqu’en 1492, date de la reddition de
Grenade. Mais son étendue a beaucoup varié au cours des 7 siècles de présence
arabe et berbère. La situation de l’Espagne, frontalière de l’Europe chrétienne, mais
éloignée du pouvoir central de l’empire arabo-musulman situé à Bagdad, est
exemplaire des interférences produites par le contact des cultures qui se côtoient
autour de la Méditerranée.
Grande mosquée de Cordoue

exécutée par des artisans que le calife omeyyade El-Hakan fit venir de Byzance.
C’est avant tout par l’Espagne que sont passés les grands courants de civilisation
entre l’Orient et l’Occident et qu’ont été transmis les fondements de la culture
grecque et les apports scientifiques des Arabes, issus de leurs relations avec l’Inde
et la Perse et de leurs propres recherches.
Al-Andalous, une Espagne pluriculturelle.
Plusieurs communautés coexistent sous l’arbitrage des califes de Cordoue :
communauté des croyants, la umma, mais sont considérés comme inférieurs aux "
vieux musulmans ".
- les hispaniques non convertis, les chrétiens dits mozarabes, qui deviennent
minoritaires au milieu du Xème siècle.
- les Juifs, dans toutes les villes. Ils s’occupent de grand commerce, d’artisanat, de
médecine. Ils sont aussi traducteurs et ambassadeurs des émirs et califes. L’école
talmudique de Cordoue est le centre d’une brillante activité intellectuelle.
- les Arabes et les Berbères, très minoritaires, sont des "vieux musulmans" ; ils
occupent le sommet de la hiérarchie sociale. Leurs rivalités empoisonnent la vie
politique. Sous leur influence, l’Espagne s’orientalise et s’islamise.
- les esclaves sont nombreux. Ils sont originaires d’Afrique, en particulier du Soudan,
et d’Europe, ceux qu’on appelle "slaves". Ils peuvent occuper des fonctions
importantes dans l’administration et dans l’armée et être affranchis.
La coexistence entre musulmans, juifs et chrétiens a été plutôt pacifique. Les
chrétiens et les juifs ont le statut de protégés (dhimmi), ce qui leur permet de
garder leur religion et leurs coutumes en échange d’impôts spécifiques. Les
quelques épisodes violents, révoltes individuelles ou collectives des populations
dominées que le pouvoir réprime, n’ont pas empêché les interférences culturelles.
Une brillante civilisation pluriculturelle imprégnée d’orientalisme s’épanouit dans les
modes de vie, la littérature, l’architecture. Le faste et le raffinement de la cour de
Cordoue, à son apogée au Xème et au début du XIème siècles, en est l’incarnation.
Al-andalous, une histoire mouvementée
L’unité est réalisée par les Omeyyades, dynastie arabe, qui fixe la capitale à Cordoue
en 756. Son souverain le plus prestigieux, Abd ar-Rahman III (912-961), prend le
titre de calife. Le califat de Cordoue, 7 millions d’habitants vers l’an 1000, était un
des pays les plus peuplés d’Occident.
Le calife, "commandeur des Croyants et défenseur de la vraie foi", a un pouvoir
absolu et personnel. C’est un mécène qui rassemble des artistes et des savants
dont les oeuvres alimentent l’éclat et le raffinement de sa cour. Le plurilinguisme des
élites et le brassage ethnique favorisent la floraison culturelle du califat de Cordoue
qui a fasciné les chrétiens.
La désagrégation
En 1002, à la mort d’Ibn Abi Amir (surnommé Al Mansour, le victorieux), qui a
gouverné à la place du jeune calife omeyyade, l’Espagne musulmane se fragmente
sous la pression de multiples clans. C’est la périodes des "taifas", des petites
principautés arabes, berbères, slaves. Le califat disparaît en 1031. Le roi chrétien
de Castille Alphonse VI en tire parti et fait son entrée à Tolède en 1085. Cependant
le foisonnement des oeuvres de toutes sortes continue sous l’impulsion des chefs
qui sont autant de mécènes.
La riposte au XIIèmesiècle : les Almoravides et les Almohades refont
l’unité de l’Islam.
Le père et le grand-père d’Averroès, grande lignée de magistrats cordouans, ont
servi les Almoravides..
Les Almoravides sont des guerriers berbères qui se sont entraînés à la guerre
sainte dans des couvents fortifiés appelés ribâts, d’où leur nom -murâbitûnalmoravides.
Leur conquête s’accompagne de préoccupations religieuses fortes : ils
veulent purger l’Islam de ses hérésies. Dans le domaine culturel, ils sont hostiles aux
"frivolités" comme la musique et la poésie. Ils ont conquis le Maroc, fondé Marrakech
et passé le détroit de Gibraltar en 1086 à l’appel de princes andalous. Ils prennent
Cordoue en 1091. Ils infligent une défaite sévère à Alphonse VI, roi de Castille, et
refont l’unité politique de l’Espagne à leur compte. Mais en 1121 débute la sédition
de tribus berbères qui s’étend à tout le Maroc, puis à l’Espagne. C’est dans ces
temps troublés que naît Averroès en 1126. La domination almoravide aura duré un
demi-siècle.
Averroès prend position en faveur des Almohades
Les Almohades : la douceur d’Al-Andalous ayant émoussé le rigorisme des
Almoravides, d’autres Berbères, derrière leur chef religieux Ibn Tûmart, veulent
revenir aux sources de l’Islam. Ibn Tûmart se proclame Mahdî, guide, seul interprète
de la Loi et de la Tradition coraniques. Ces Berbères croient en l’unité de Dieu, almuwahhid
en arabe, ce qui a été traduit par almohade en espagnol. Ils se lancent
dans la conquête de l’Afrique du Nord dont ils sont maîtres en 1160. Ils prennent
pied en Espagne en 1147 et créent un nouvel empire musulman d’Occident.
L’apogée correspond au règne de Abu Yusuf Yacub Al-Mansur (1184-1199) qui
inflige une défaite au roi de Castille en 1195. Mais en butte à des divisions internes
et à la contre-offensive chrétienne, leur puissance s’affaiblit. Pour conduire la guerre
sainte, les califes deviennent moins tolérants et Averroès doit émigrer à Marrakech
où il meurt. L’art cependant ne souffre pas du climat d’intolérance religieuse comme
en témoigne la Giralda de Séville. La défaite de Las Navas de Tolosa face à l’union
des Castillans, des Aragonais et des Catalans et la perte de Cordoue en 1236
marquent la fin de la puissance almohade. L’empire almohade aura duré trois quarts
de siècle. L’Espagne musulmane survit dans le royaume de Grenade qui occupe la
haute Andalousie et sa frange méditerranéenne.
Source:http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/dossierspdf/Averro%E8s.pdf